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La vente massive d’ampoules à filament est,
en ce début de troisième millénaire, une aberration dans le sens où
elles émettent seulement 5% de lumière visible, les 95% restant
étant de l’énergie perdue. Leur rendement lumineux est très faible (une
dizaine de lm/W). Parallèlement les sources lumineuses de bien meilleur
rendement lumineux telles que les ampoules fluocompactes (60 à 70 lm/W)
peinent à se généraliser. Il serait donc judicieux d’imposer par la loi
une migration du parc actuel vers des luminaires plus économes.
L’Etat Australien a pris la décision
d’interdire à la vente les lampes à filament en 2010. La Californie a
annoncé une mesure similaire mais à une échéance plus lointaine
puisqu’il s’agit de 2012. Le parlement Européen pourrait prendre des
mesures similaires pour 2009. Tous les spécialistes s’accordent à dire
que ce type de lois vont dans le bon sens, même s’il ne faut pas ignorer
les rejets en mercure des lampes à décharge.
Les ventes de lampes fluocompactes n’ont
jamais vraiment décollé depuis leur introduction sur le marché dans les
années 80. Il est d’ailleurs intéressant d’analyser les raisons de cet
échec relatif.
D’un point de vue technologique, les ampoules
fluocompactes ont souffert pendant longtemps de plusieurs maux :
Le spectre de leur lumière est différent de celui des ampoules
classiques. Les premières générations n’offraient pas une qualité de
lumière acceptable pour le consommateur.
Le temps d’allumage n’est pas immédiat.
Leur alimentation engendre une pollution des réseaux
électriques.
Les nouvelles générations tendent à minimiser
ces nuisances, qui sont désormais tout à fait acceptables. Les
consommateurs devront s’habituer à changer leurs habitudes et à trouver
naturel les caractéristiques des tubes fluorescents. Par exemple, les
automobilistes sont tout à fait familiers avec la boite de vitesse alors
que cet élément existe du fait des faiblesses du moteur. Le passage aux
moteurs électriques entrainera à coup sur la disparition de cet organe,
chose à laquelle il sera nécessaire de s’habituer.
Les raisons pour lesquelles les lampes
fluocompactes ne se sont pas imposées sont tout autre car les
consommateurs ignorent depuis toujours les défauts énoncés
précédemment :
Le manque (volontaire ?) d’incitation et d’information des
constructeurs auprès du grand public. Que ce soit en termes d’économie
ou pour expliquer la différence de morphologie.
Nous tirons de cette analyse une conclusion
surprenante : les raisons de l’échec commercial des lampes fluocompactes
sont différentes des problèmes d’ordre technologiques dont elles sont
victimes. Tout le monde a entendu dire « non, je n’achète pas, c’est
trop cher et ça a une forme bizarre ». Alors que ces mêmes personnes ne
connaissent absolument pas les désagréments d’une lampe fluocompacte.
Il n’en est pas de même pour les lampes à
LEDs car à l’heure actuelle, elles ne sont pas compétitives. En effet
leur rendement lumineux est du même ordre que pour les ampoules
fluocompactes pour un prix nettement supérieur. Ce n’est donc pas encore
un investissement viable économiquement.
Il faudra attendre plusieurs années pour
qu’elles soient utilisées dans le domaine de l’éclairage général. Elles
apparaitront tout d’abord dans les entreprises puis chez le particulier.
Pour cela, leur rendement lumineux doit encore progresser afin de
compenser leur coût, qui subsistera même lorsque leur prix diminuera.
Les LEDs blanches sont confrontées à divers
problèmes technologiques que nous n’aborderont pas ici car ils ne seront
pas un obstacle lorsque les lampes à LEDs grand public seront
compétitives.
Il faut bien prendre en compte que cette
technologie est radicalement différente des lampes à filament. Les LEDs
engendreront à elles seules une nouvelle philosophie de l’éclairage où
les sources de lumière seront nombreuses. Et s’opposeront donc à la
source unique installée au plafond. Le mobilier possèdera ses propres
sources d’éclairage du fait que la durée de vie de la LED sera
supérieure à celle de l’équipement. Leur intégration sera donc le fruit
de l’exploitation de tout leur potentiel en termes d’innovation et de
pratiques novatrices. Il faut donc prévoir une arrivée des LEDs dans des
matériels conçus autour d’elles. Non, la lampe à LED ne se substituera
pas bêtement aux lampes traditionnelles.
L’objectif de l’Australie est axé sur la
généralisation des lampes fluocompactes voire des lampes à fluorescence
de type « néon ». Car l’objectif de 2010 est relativement proche et ne
laissera pas assez de répit à l’industrie des LEDs pour leur permettre
de commercialiser des modèles compétitifs.
Concernant l’Etat de Californie, la date de
2012 laisse le temps aux LEDs d’accroitre leur attractivité. Ce délai
supérieur est donc incontestablement une chance laissée aux LEDs.
Doit-on y voir un coup de pouce à l’industrie Américaine des LEDs ?
Surement car il existe plusieurs constructeurs de LEDs aux USA.
Notamment Cree qui possède des installations en Californie et Lumlieds
qui y possède son siège.
Le panel des alternatives aux lampes à
filament sont peu connues du grand public, il n’en est pas de même chez
les industriels. Il est évident que les services R&D des industriels du
secteur ont anticipé, de longue date, le renouvellement du parc de
l’éclairage domestique vers des solutions plus propres.
Philips, OSRAM et General Electric, les trois
grands du secteur, n’avaient pas intérêt à se lancer dans une guerre où
ils seraient tous sortis perdants. Les éclairages traditionnels
obéissent à une logique industrielle assez différente de celles des
lampes fluocompactes. Inverser brutalement les proportions dans la
production de lampes aurait engendré d’énormes surcoûts en termes de
production, de logistique et de marketing. La migration des équipements
domestiques passe donc par des échéances convenables pour tous les
acteurs de la chaine de l’éclairage.
Les fabricants ont tout intérêt à étaler dans
le temps l’équipement des foyers car la période de renouvellement des
nouveaux équipements « propres » augmentera fortement. En effet, alors
qu’une lampe à filament dure entre 1.000 et 2.000h, une lampe
fluocompacte dure couramment 15.000 et une LED 50.000 h.
Les années 2010 marqueront le plus tournant
dans le monde de l’éclairage depuis l’’adoption de lampes à énergie
électriques. Nous considèreront alors les ampoules à filament comme des
pièces de musées, tout comme les machines à vapeur actuellement.
Il est probable que le scénario suivant se
produise :
Dans un premier temps les lampes
fluocompactes remplaceront « culot par culot » les lampes à filament
traditionnelles. Les lampes fluorescentes feraient alors en retour en
force chez les particuliers qui les avaient utilisées uniquement dans
les garages.
Dans un second temps, l’éclairage prendra un
virage qui sera mémorable. Les LEDs connaitront leur avènement et
révolutionneront la façon de concevoir l’éclairage dans nos vies.
L’éclairage ponctuel sera abandonné au profil d’un éclairage plus diffus
et personnalisé.
Toutefois, il ne serait pas judicieux de
tirer des conclusions trop hâtives. Les LEDs ne seront pas les seules à
souhaiter s’arroger l’éclairage des foyers. D’autant que les LEDs n’ont
pas le potentiel de viser un monopole du fait que leurs caractéristiques
particulières leur interdiront de nombreuses applications. En effet il
existe aussi leur sœur : les OLEDs mais aussi les lampes à filament
constitués de nanotubes de carbone. Il est donc prévisible que le
troisième temps de cette révolution soit marqué par une concurrence
forte entre toutes les nouvelles technologies d’éclairage. Chacune se
spécialisant dans ses domaines de prédilection, cela aurait
l’effet bénéfique d’optimiser les sources afin de maximiser les
paramètres spécifiques à chaque application.
La source lumineuse idéale n’existe toujours
pas mais elle pourrait constituer un quatrième étage. Chose fortement
improbable à l’heure actuelle.
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© 2000-2008
Benjamin MONTEIL #
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